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Des forages dans une structure d’impact : Une première en France à Rochechouart!

« Résumé :

L’humanité finance en moyenne une ou deux campagnes de forages scientifiques dans un cratère d’impact terrestre tous les 10 ans. La présente décennie va en compter deux, le premier à Chicxulub au Mexique réalisé en 2016 (celui de l’extinction des dinosaures), avec un budget d’environ 10 M€, le second autour de Rochechouart cette année, avec un budget près de 100 fois inférieur, et cependant des objectifs et des retombées scientifiques du même ordre. L’équivalent de Curiosity sur Mars vient de commencer à forer et pour la première fois, l’unique cratère d’impact en France. La campagne a débuté le 5 septembre 2017et va s’étaler sur 3 mois environ. Répartis en Charente et en Haute Vienne, une vingtaine de forages jusqu’à 150 m de profondeur seront réalisés dans 8 des sites de la Réserve Naturelle Nationale de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon. Ils ont pour objet de retrouver et lire les traces passées produites par l’impact d’un astéroïde de 1 à 3 km, voici 200 millions d’années et par-delà, apporter des réponses aux questions fondamentales que les scientifiques et l’humanité se posent : comment les planètes se sont formées, et pourquoi et comment la Vie peut apparaître et disparaitre, sur Terre et « ailleurs », questions qui motivent aussi l’envoi des sondes pour explorer la surface de la Lune, Mars et autres objets planétaires… D’ailleurs ce sont pour partie les mêmes équipes qu’on retrouve aujourd’hui sur Terre à Rochechouart, associées au CIRIR (Centre de Recherche International sur les Impacts et sur Rochechouart). Créé en 2016, le CIRIR a conçu le programme et pilote les explorations au profit de la recherche nationale et internationale. Une soixantaine de chercheurs d’une douzaine de nationalités est actuellement associée au CIRIR pour l’exploitation de ces données, dont des chercheurs d’une dizaine d’institutions françaises. L’enjeu est bien d’instituer le site de l’Astroblème comme un laboratoire naturel au bénéfice de la recherche nationale et internationale. »

Carotte issue du sondage près de Valette au centre de la structure échantillonnant une brèche de fusion produite par l’impact et formée après refroidissement du « lac de lave » qui remplissait le fond du cratère il y a 200 millions d’années (Crédits : CIRIR/Philippe Lambert)

L’impact de Rochechouart c’est quoi ?

L’impact de Rochechouart c’est une singularité géologique. Elle ne s’exprime pas aux yeux du profane. Il faut être géologue ou naturaliste pour remarquer que dans une zone d’un peu moins de 20 km de diamètre centrée entre Rochechouart, en Haute Vienne, et Chassenon en Charente, les roches qui affleurent (rarement) sont différentes et n’ont pas d’équivalent ailleurs dans le Limousin, et plus généralement ailleurs dans le Massif Central et en France. Il s’agit de brèches, assemblage de débris et de produits résultant de fragmentation et de la fusion des roches du socle, provoquées par l’impact de l’astéroïde, formant localement des dépôts massifs qui ressemblent aux laves volcaniques, ou des agglomérats de débris qui ressemblent aux brèches sédimentaires. Les exemples les plus visibles se situent dans le bâti ancien, monuments et fermes ayant exploité les matériaux extraits à proximité immédiate des constructions.

Monuments construits en impactites dans le cratère du Ries en Allemagne et dans celui de Rochechouart (Crédits : CIRIR/Philippe Lambert)

Ces brèches sont connues depuis le début du 19ème siècle et tour à tour interprétées comme d’origine volcanique, sédimentaire, volcanique et sédimentaire, tectonique, y compris par François Kraut qui les étudie à partir de 1935, jusqu’à ce qu’il les reconnaisse comme dues à un impact à la fin des années 60 [1] avec le concours de spécialistes du sujet de l’époque, notamment de Bevan French de la NASA, organisateur en 1966 de la première conférence mondiale sur les impacts et sur le métamorphisme de choc produit par impact, et avec celui des populations locales, et comme la famille Boulesteix sur la commune de Pressignac en Charente, laquelle au hasard de la rencontre sur le terrain, a guidé nos spécialistes sur un petit affleurement dans leur propriété lequel s’est avéré la preuve de l’origine impactitique des brèches de la région de Rochechouart-Chassenon. Comme quoi la science n’est pas qu’une affaire de scientifique et est dans tous les cas une affaire d’hommes et de femmes…

Documents historiques reconstituant l’histoire de la découverte de l’impact de Rochechouart via la communication de François Kraut à l’Académie des Sciences en 1969, à propos de la découverte des cônes de pression, symptomatiques du passage d’une onde de choc produite par un « impact géant » (Dessin et photo de gauche de Bevan French, documents d’archives de Madame Boulesteix : CIRIR/Philippe Lambert)

On ne connait ces cônes de pression et ces brèches qu’associés aux cratères d’impact sur Terre qui eux-mêmes n’ont été reconnus et étudiés que depuis à peine 60 ans. L’impact de Rochechouart est érodé. Agé de 200 millions d’années [2]. Il a perdu son expression topographique, seul le centre du cratère est préservé et tout ce qu’on connait de cet impact est « reconstruit » à partir des informations éparses contenues dans les roches qui affleurent mal, à cause de la couverture végétale importante dans la région, ce à quoi va palier la campagne de forages [3-5].

charente

Carte géologique simplifiée des impactites (formations colorées) sur fond topographique et représentation schématique en 3D de la zone exposée dans une coupe d’un cratère d’impact analogue à celui de Rochechouart avant érosion, sur la surface de la Lune  : crédits CIRIR/Philippe Lambert)

 

 

References : [1] Kraut F. (1969) Geologica Bavarica 61: 428–450. [2] Schmieder et al. (2010) Meteoritics & Planetary Science 45: 1225–1242. [3] Lambert P. (2010) GSA Special Paper 465, 505–541. [4] Lambert P. et al. (2016) Meteoritics and Planetary Science, Abstract, MetSoc 2016-Berlin, #6471.pdf. [5] Osinski G. R. and Ferrière L. (2016) Science Advances 2:e1600616.

 

Contacts

CIRIR: Philippe Lambert, directeur du CIRIR: lambertbdx@gmail.com/ 06 16 17 83 44

Sylvain Bouley :GEOPS (CNRS/Université Paris Sud) : Membre du CIRIR en charge des relations avec le CNRS : sylvain.bouley@u-psud.fr /01 69 15 61 49

Réserve : Nelly Larent, RNN, astroblème de Rochechouart-Chassenon : reservenaturelle.rochechouart@pol-cdc.fr / 05 55 03 02 70

POL: Morgane Picat, responsable Communication: mpicat@pol-cdc.fr / 05 55 02 87 37

Le CIRIR (Centre International de Recherches sur les Impacts et sur Rochechouart)

Le CIRIR, c’est quoi ?

De forme associative, le CIRIR est la première structure en France dédiée à la recherche sur les cratères d’impacts terrestres. Il fonctionne en réseau. Le CIRIR regroupe actuellement une soixantaine de chercheurs et équipes d’une douzaine de nations réparties sur 4 continents (voir Tableau/carte de répartition des collaborateurs du CIRIR). Le milieu académique national y est bien représenté avec l’engagement de chercheurs et personnalités scientifiques d’une dizaine d’institutions françaises (Géosciences Environnement Toulouse (GET) ; LPGN (Laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes) ; Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques (CRPG) ; Nancy, Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (CEREGE) ; Géosciences Paris Sud, Paris Saclay ; Centre de biophysique moléculaire, Orléans ; Université de Limoges, Géosciences Montpellier ; Institut Chimie des Milieux et Matériaux de Poitiers ; Institut des Sciences de la Terre, Orléans.

Le CIRIR et ses collaborateurs sont placés sous la surveillance d’un conseil scientifique prestigieux (voir tableau ci-après). Dénommé « Comité des Sages », il rassemble les pairs de l’astrogéologie et l’astrobiologie et des personnalités phares de la science, comme Monsieur Hubert Reeves qu’on ne présente pas, ou Madame Carolyn Shoemaker, épouse du défunt Eugène Shoemaker A noter que Madame Shoemaker est aussi la « Maman » de la comète Shoemaker-Levy, comète qui est entrée en collision avec Jupiter, premier impact observé en direct par l’humanité, fort heureusement à distance et sans conséquence sur Terre, sinon la prise de conscience collective que le phénomène « existe ». On voit donc que si l’initiative CIRIR n’émane pas directement du milieu académique, mais du territoire, elle est académique dans le fond, dans sa destination et dans les moyens mis en œuvre.

Le CIRIR c’est aussi une infrastructure (2 bâtiments en cours de rénovation) et des compétences « locales » (un directeur) qui sont financées par les collectivités locales (la POL et à terme les Communautés de Communes voisines, elles aussi directement concernées par l’impact), avec le soutien de l’Etat, la Région et l’Europe.

pionniers

Le CIRIR, pour quoi faire?

Le CIRIR a pour objet et objectif, la valorisation scientifique et grand public du patrimoine scientifique que constitue l’impact de Rochechouart. Pour les scientifiques, le CIRIR est conçu comme un centre de ressource. Il installe sur site une bibliothèque d’échantillons dont les forages dans la Réserve sont un des maillons. C’est aussi un camp de base mis à disposition des scientifiques pour l’étude matérielle (l’étude de terrain et celle d’échantillons « matériels ») des impacts sur l’exemple de celui de Rochechouart. Le CIRIR est en même temps une « agence » de coordination et de programmation de recherches. Il ne finance pas les recherches des équipes qu’il regroupe, lesquelles vont chercher les  ressources nécessaires à la réalisation de leurs projets auprès de leurs institutions de tutelle, comme c’est le cas pour les programmes de la NASA sur les échantillons de la Lune par exemple. Le CIRIR, comme la NASA, coordonne les travaux des chercheurs associés et assure leur « approvisionnement matière». A Rochechouart il s’agit du matériel collecté sur le terrain par tous les chercheurs à venir, et celui collecté à l’occasion des programmes propres du CIRIR, à commencer par celui des forages. Par ailleurs le CIRIR fournit à ses collaborateurs, soutien logistique et expertise sur le terrain, y compris le guidage sur le terrain, l’hébergement et la mise à disposition de matériel de préparation et d’observation des échantillons (dont des échantillons issus de la campagne de forage actuelle).

Pour le public, le CIRIR vise à devenir un centre de ressources éducatives et culturelles. Il propose dans un premier temps d’utiliser ses programmes et le site comme matière éducative au profit des étudiants des universités et grandes écoles en France et à l’étranger, dans les disciplines des Sciences de Terre et de l’Espace. En ce moment même le CIRIR encadre un étudiant doctorant de nationalité Sénégalaise. Il va recevoir un étudiant en master 2 de l’Université d’Aix-Marseille, une doctorante de l’université d’Etat d’Arizona, deux autres du Canada, qui tous en commun d’avoir Rochechouart comme terrain d’études, autre résultat concret à l’actif du CIRIR. D’autres vont suivre dans les mois à venir.

Agent de diffusion de la culture scientifique à l’échelle nationale et internationale, le CIRIR vise aussi le public au sens le plus large. Dans son domaine compétence, celui de l’astrogéologie, de l’astrobiologie et des impacts, il prévoit l’installation d’un réseau international de compétences et de moyens qui sera similaire à celui que forme les scientifiques associés au CIRIR et leurs laboratoires, mais qui s’intéressera spécifiquement à la réalisation et la diffusion de supports pédagogiques et de matière à développer l’attrait pour la culture scientifique du grand public.

Contacts

CIRIR: Philippe Lambert, directeur du CIRIR: lambertbdx@gmail.com/ 06 16 17 83 44

Sylvain Bouley :GEOPS (CNRS/Université Paris Sud) : Membre du CIRIR en charge des relations avec le CNRS : sylvain.bouley@u-psud.fr /01 69 15 61 49

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POL: Morgane Picat, responsable Communication: mpicat@pol-cdc.fr / 05 55 02 87 37

Pourquoi ces développements seulement aujourd’hui ?

Dès les années 60, de nombreuses équipes et laboratoires se sont établies sur le sujet, notamment aux USA, au Canada en Allemagne et dans la plus part des pays de l’Europe, en conjonction avec le développement de l’exploration des objets planétaires par les sondes spatiales. Cela n’a pas été le cas en France. Pourquoi ?

L’explication est « structurelle » et tient aux circonstances. En pratique, depuis les moyens importants attribués au BRGM de 1972 à 1977 pour y réaliser des recherches sur Rochechouart, celles menées par Philippe Lambert dans le cadre de sa thèse de 3ème cycle puis de son doctorat d’Etat (HDR), la France n’a pas poursuivi, ni a fortiori, créé de laboratoire et de poste sur le sujet. Les outils analytiques remarquables dont dispose le BRGM ont permis à Philippe Lambert d’obtenir très rapidement une grande quantité de résultats et d’établir sa notoriété dans la communauté internationale. Mais le BRGM n’étant pas une structure académique, une fois le budget consommé, ne pouvait qu’offrir à Philippe Lambert de travailler sur un autre sujet, pour lequel il était financé. Philippe Lambert décliné et souhaité poursuivre et valoriser sa formation sur Rochechouart et les impacts. Sauf que le milieu académique de l’époque n’a pas endossé le sujet non plus, ce qui a finalement conduit Philippe Lambert à proposer ses compétences à l’étranger. Ce sont les USA qui ont ainsi valorisé le savoir acquit sur Rochechouart, d’abord pour l’étude des météorites au Center for Meteorite Studies en Arizona, puis pour le calibrage, la reproduction et l’étude des endommagements produits par Laboratoire d’expérimentation par choc de la NASA à Houston. On peut penser que si cet investissement initial consacré à l’étude de Rochechouart dans les années 70 avait été porté par une structure académique (université ou CNRS), le sujet aurait fait école à la suite des travaux de Philippe Lambert, comme cela été le cas après ceux d’Eugene Shoemaker sur le Meteor Crater aux USA, ou de Dieter Stöffler sur le Ries en Allemagne. Ces derniers connus comme père fondateurs de la discipline dans leur pays, comme Philippe Lambert, quelques années avant lui, ils étaient étudiants en géologie et avaient en commun comme sujet de thèse, l’étude d’un cratère d’impact. Ce sont donc les circonstances qui expliquent pourquoi le CIRIR n’est pas apparu plus tôt et pourquoi cette première campagne de forage dans Rochechouart intervient plus de 40 ans après celle intervenue dans le Ries en Allemagne. Les deux nations disposent en effet d’un grand cratère d’impact sur leur territoire, cratères qui scientifiquement parlant sont comparables tant en quantité et qualité de matière à étudier. En Allemagne ce patrimoine géologique constitue un terrain d’études reconnu et soutenu par le milieu académique national depuis près de 50 ans. L’histoire démontre qu’il s’est avéré le support à la formation de milliers d’étudiants, pas seulement Allemands, à la génération de dizaines de milliers d’articles, communications, présentations scientifiques, et à la « production » de dizaines de professeurs en poste sur le sujet en Allemagne et dans le monde entier. A Rochechouart, rien de comparable jusqu’à présent, mais cela change « maintenant ». Avec un décalage de 40 ans (la thèse d’état de Philippe Lambert a été soutenue le 13 octobre 1977), la première structure de recherche dédiée aux impacts et à Rochechouart est donc constituée sur notre territoire et est opérationnelle. La première réalisation concrète du CIRIR est bien cette campagne de forages réalisée au profit de la recherche nationale et internationale, au profit de la Réserve Naturelle Nationale de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon et au profit des territoires et des populations sur le terrain qui s’approprient le sujet et vont profiter de son rayonnement.

 

Contacts

CIRIR: Philippe Lambert, directeur du CIRIR: lambertbdx@gmail.com/ 06 16 17 83 44

Sylvain Bouley,:GEOPS (CNRS/Université Paris Sud) : Membre du CIRIR en charge des relations avec le CNRS : sylvain.bouley@u-psud.fr /01 69 15 61 49

Réserve : Nelly Larent, RNN, astroblème de Rochechouart-Chassenon : reservenaturelle.rochechouart@pol-cdc.fr / 05 55 03 02 70

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La campagne de forages scientifiques, c’est quoi et pourquoi….

Une vingtaine de forages vont être réalisés jusqu’à une profondeur de 150 mètres dans 8 des 12 sites de la Réserve Naturelle Nationale de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon. Cette campagne de forages scientifiques est le moyen pour la Réserve de récolter une quantité et une qualité d’informations sans précédent sur le patrimoine qu’elle gère. Ce sont les meilleurs experts du monde entier qui par le biais du CIRIR vont lui apporter une expertise sans précédent à cout zéro pour le contribuable (sinon la réalisation des forages). Pour les scientifiques qui se sont engagés avec le CIRIR dans cette entreprise, c’est une opportunité unique de pouvoir étudier des échantillons de qualité exceptionnelle pour leurs recherches, dans un impact qui est encore mal connu comparativement aux autres impacts terrestres. En effet Rochechouart n’a jamais fait l’objet de forages scientifiques. Si comme on l’a vu le premier des forages scientifiques réalisés par les allemands dans le cratère d’impact du Ries en Bavière, le plus proche voisin de celui de Rochechouart, remonte à plus de 40 ans, de tels forages restent rares. Le monde connait en moyenne une ou deux campagnes de forages scientifiques dans un cratère d’impact terrestre tous les 10 ans. La présente décennie va en compter deux, le premier à Chicxulub au Mexique, campagne réalisée en 2016 avec un budget d’environ 10 M€, le second à Rochechouart cette année, avec un budget considérablement inférieur, et cependant des objectifs et des retombées scientifiques du même ordre. Ce programme est financé à 42 % de l’Etat, 38 % de l’Europe et 20% des collectivités locales (la POL, Communauté de Communes Porte Océane du Limousin- 19%, le Conseil départemental de la Charente- 1%).

Que vont trouver les scientifiques grâce à ces forages ???

Les forages vont éclairer des questions spécifiques à l’impact de Rochechouart. Elles vont permettre de préciser la forme et la taille initiale du cratère. On sait qu’elle est supérieure à 20 km de diamètre mais les estimations actuelles sont vagues et sujet à controverse (entre 30 et 50 km). Idem pour ce qui est de la nature de l’impacteur dont on sait, depuis les travaux de Lambert dans le milieu des années 70, qu’il est présent et disséminé dans toutes les roches qui forment le dépôt dans le cratère. L’âge du cratère aussi va être affiné. La cinétique de refroidissement va être précisée, de même que les effets de l’eau, notamment ceux dus à la mer de l’époque située très près de l’impact. Au-delà de ces aspects spécifiques à Rochechouart, les forages vont permettre de renseigner des processus beaucoup plus généraux, communs à tous les impacts sur toutes les planètes. Ce sont les mêmes objectifs scientifiques que ceux de la campagne de forages 2016 à Chicxulub [6] et les résultats vont pouvoir être comparés.  Cela inclut la mécanique de formation des grands cratères d’impact, la caractérisation des processus hydrothermaux induits par les impacts et l’évaluation des effets possibles des grands impacts sur l’habitabilité des planètes et sur l’émergence de la Vie. Bien que différents en taille (facteur 3 à 4 de différence en diamètre), les impacts de Chicxulub et Rochechouart ont tous deux installé une vaste cellule hydrothermale dans et sous les dépôts, et les signatures géochimiques des projectiles respectifs sont exprimées dans les dépôts dans les deux structures [7-8]. De plus, les résultats des études des forages à Rochechouart doivent pouvoir nous aider à comprendre les conditions et les mécanismes de mise en place des dépôts dans les grands cratères y compris l’abondance des fractions non fondues [3] qui sont très largement représentées dans les dépôts exposés dans le cratère de Rochechouart. Ils devraient aussi permettre d’identifier et de comprendre le comportement des éléments sidérophiles issus du projectile pendant le refroidissement et le vieillissement des dépôts d’impacts [3 et références dans 3] avec les implications que cela peut avoir pour l’étude des météorites [4]. Enfin les carottes issues des forages vont donner matière à la mise en œuvre comparée de l’ensemble des techniques de datation radiochronologiques actuelles avec le concours des meilleurs spécialistes de la discipline. L’enjeu est à la fois de mesurer un âge précis et de pouvoir résoudre les cinétiques de refroidissement, voire les cartographier. Ce faisant, cet exercice devrait aussi permettre, d’identifier et comprendre les mécanismes qui peuvent expliquer les variations éventuelles constatées entre des techniques et/ou des équipes spécialistes de la datation, avec des répercussions dans tous les domaines où ces techniques sont appliquées en géologie terrestre et extraterrestre (météorites). Pour sûr, l’évènement qui remet les pendules radiogéniques à l’heure à Rochechouart est « ponctuel » et extraordinairement plus court (quelques secondes à quelques heures), que les autres phénomènes géologiques actifs à la surface de la Terre qui sont datés par ces techniques.

research projectTableau des projets de recherche générés et coordonnés par le  CIRIR qui sont déjà (colonne de gauche et qui seront (bloc central),  réalisés par les équipes et laboratoires collaborateurs du CIRIR (tels que présentés à la 48ème Lunar and Planetary Conference – Houston-mars-2017 ). Crédits : CIRIR/Philippe Lambert.

En pratique comment cela se passe-t-il sur le terrain ???

Les forages sont réalisés par une carotteuse qui, comme Curiosity sur Mars, est un chenillard téléguidé (voir images). La machine d’une dizaine de tonnes délivre des carottes de gros diamètre (près de 10 cm) par tronçons de 1,50 m à l’aide d’un train de tubes, jusqu’à des profondeurs supérieures à 100 m dans les roches dures que sont les brèches d’impacts et le socle cristallophyllien sous le cratère (voir images).  La campagne prévoit une vingtaine de forages carottés, pour une longueur cumulée de carottes d’environ 500 m.

La campagne de forages a débuté le 5 septembre près de Chassenon. Les forages se répartissent le long de deux coupes radiales d’une dizaine de km au centre de la structure. Ils interceptent la série complète des dépôts d’impactites, traversent la limite physique du fond du cratère et se prolongent 30 à 50 m en dessous.

Planprogramme

Carte et tableau des forages. Crédits CIRIR/P. Lambert

Outre l’entreprise présente sur le site pour réaliser les forages, celui-ci reçoit déjà la visite de chercheurs et d’étudiants impliqués dans les projets de recherche portés par les collaborateurs du CIRIR. A noter qu’avec le soutien de la POL, ce dernier assure l’accueil et l’hébergement sur le site de ces chercheurs et étudiants nationaux et internationaux pendant les forages. Cette capacité d’accueil se maintiendra et se développera au-delà de la période de réalisation des forages, avec l’installation en cours des infrastructures d’hébergement, de gestion et stockage des échantillons et de laboratoire, installation financée par les collectivités territoriales, et en particulier la POL, avec le concours de l’Etat et de l’Europe.

Mise en place et réalisation des forages à l’aide d’un carottier à câble de l’entreprise Hydrogéotechnique, prestataire retenue sur appel d’offres des marchés publics en juillet 2017. Crédits : CIRIR/Philippe Lambert

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Extraction de la première carotte, 5 septembre 2017. Crédits : CIRIR/Philippe Lambert

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Premières carottes de roches d’impact extraites dans les premiers mètres de la structure d’impact de Rochechouart. Crédits : CIRIR/Philippe Lambert

 

 

References : [1] Kraut F. (1969) Geologica Bavarica 61: 428–450. [2] Schmieder et al. (2010) Meteoritics & Planetary Science 45: 1225–1242. [3] Lambert P. (2010) GSA Special Paper 465, 505–541. [4] Lambert P. et al. (2016) Meteoritics and Planetary Science, Abstract, MetSoc 2016-Berlin, #6471.pdf. [5] Osinski G. R. and Ferrière L. (2016) Science Advances 2:e1600616. [6] Gulick S. et al. (2016) International Ocean Discovery Program Expedition 364 Scientific Prospectus Chicxulub: drilling the K-Pg impact crater, 21 p. doi:10.14379/iodp.sp.364.2016. [7] Lambert P. (1982) Geological Society of America Special Paper 190: 57–68. [8] Trinquier A. et al. (2006) Earth & Planetary Science Letters 241: 780–788. [9] Lambert P. (1981) Proceedings Multi-ring Basins, LPS, Schultz P. H. and Merrill R. B. eds.: 59-78. [10] Reimold W. U. et al. (1987) Journal of Geophysical Research 92: 737–748. [11] Kelley et al. (2015) 46th LPSC, LPI Contribution No. 1832, p.1179.

 

 

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CIRIR: Philippe Lambert, directeur du CIRIR: lambertbdx@gmail.com/ 06 16 17 83 44

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Réserve : Nelly Larent, RNN, astroblème de Rochechouart-Chassenon : reservenaturelle.rochechouart@pol-cdc.fr / 05 55 03 02 70

POL: Morgane Picat, responsable Communication: mpicat@pol-cdc.fr / 05 55 02 87 37