Bilan& Perspectives/Activity report & perspectives-2020-01 (English version not yet available)

Le CIRIR (Centre International de Recherches et de Restitution sur les Impacts et sur Rochechouart) est une association de moyens et de compétences unique sur le fond, la forme et la destination. Le lien entre ses membres est la volonté commune de protéger et de valoriser le « géopatrimoine impact de Rochechouart » et « les géopatrimoines impacts terrestres » en général, pour le « gisement de savoirs » extraordinaire qu’ils représentent pour l’Humanité…

Cette initiative n’existerait pas sans le soutien de la communauté scientifique internationale et sans celui d’élus locaux qui se sont investis dans cette aventure dès 2013. Je les en remercie en mon nom et celui de tous ceux qui nous soutiennent et nous ont rejoint depuis.

Le CIRIR est un outil de « Service Public » par nature et par destination. Entreprise collectivement, cette mission de Service Public dépasse le cadre local, régional et dépasse même le cadre national. Elle s’exerce à l’échelle de la Planète. Très ambitieux !!! Oui, la portée notre mission est à la mesure de l’importance universelle du patrimoine unique auquel elle se rapporte. Elle me dépasse, elle nous dépasse. Mais les enjeux justifient cette entreprise très audacieuse qui atteindra son objectif à la faveur d’une mobilisation très large, in fine à l’échelle planétaire. Y parviendrons-nous ? L’avenir nous dira.

Si notre « impact », (notre initiative, de même que l’objet qui s’y rattache) reste encore « confidentiel », nous avons cependant fait une grande avancée et nous savons où nous allons et comment nous y prendre. J’ai été seul pendant longtemps, mais depuis une dizaine d’années, les choses ont changé, elles s’accélèrent et nos rangs se sont élargis. Nous pouvons affirmer, 4 ans après la naissance du CIRIR, que nous avons tenus nos engagements. Nous avons même largement dépassé nos objectifs, à l’image des forages réalisés dans les sites de la Réserve Naturelle de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon, pour lesquels nous étions partis sur 300 mètres, et en avons obtenu un peu plus de 540. En parallèle, nous avons effectivement acquis une dimension « planétaire ». Les forces vives du CIRIR comptent aujourd’hui près d’une centaine de personnalités et organismes répartis dans le monde.

Sans le soutien des populations et de leurs représentants en charge des territoires, pour le compte desquels le CIRIR existe, il n’existerait pas. Le soutien des territoires est ma récompense, notre récompense. Je tiens donc à remercier au nom de notre groupe international et de nos membres, toutes nations confondues, l’Etat Français, les préfets et départements de Haute-Vienne et de Charente, la Réserve Naturelle Nationale de l’Astroblème de Rochechouart Chassenon et bien sûr, les communes et communautés locales de Porte Océane du Limousin (POL) et de Charente Limousine lesquelles se partagent à égalité, les brèches au centre et au fond de ce qui reste du cratère d’impact initial.

La POL est et restera, pionnier et au cœur de cette aventure unique. Elle m’a fait confiance pour concevoir, installer et développer ce « grand dessein ». Elle a créé « l’objet CIRIR », avec sa forme juridique associative unique dans le paysage académique national. Elle lui a fourni le soutien matériel initial indispensable. Je remercie le Président de la POL, Monsieur Ratier, et je rends hommage à Monsieur Jean Luc Allard dont je salue la ténacité et la contribution essentielle à cette entreprise. Vice-Président de la POL et Président du CIRIR, Monsieur Allard quittera ses fonctions en 2020. Je souhaite qu’il continue à être associé, d’une manière ou d’une autre, à l’avenir du CIRIR. Je remercie également Charente Limousine qui, après avoir rejoint Porte Océane du Limousin au conseil d’administration du CIRIR, lui apporte son soutien tant moral que matériel.

Vous ne pouvez pas encore en prendre conscience, mais le CIRIR va marquer son temps. Les « impacts » sur les surfaces planétaires auquel le CIRIR se consacre, sont la manifestation des mécanismes fondamentaux par lesquelles les planètes et tout ce qu’elles portent (y compris la Vie) est possible, et de fait, « existe». Cette « manifestation » matérialise et permet de « tracer » la relation, les « échanges », pour ne pas dire la « communication », entre tous les objets planétaires qui nous entourent. Cette « dimension » et la portée fondamentale de ce sujet est encore « confidentielle », y compris dans la communauté scientifique. Nous sommes minuscules à l’échelle des effectifs de la Recherche mondiale. Mais notre famille va prendre de l’importance et être reconnue à sa juste valeur et le CIRIR va y contribuer. Il y contribue déjà. Il constitue aujourd’hui la plus grande concentration au monde de moyens et de matière grise dévolus à l’étude des phénomènes d’impacts et à la transmission des connaissances qui s’y rattachent. Il est aujourd’hui reconnu tant sur le fond que sur la forme, comme une initiative remarquable, un exemple à suivre. Même nos collègues aux Etats-Unis nous l’envie. Eux qui sont allés sur la Lune et qui comptent près d’une trentaine de structures d’impact sur leur territoire, quand nous n’en avons qu’une, n’ont pas son équivalent et en reconnaissent les mérites. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Bevan French qui l’écrit le 23 octobre 2019, je cite:

We (Me and Mary Hill) have both been very impressed at how patiently, steadily, capably, and effectively you have worked to establish Rochechouart as a dynamic focus for international impact-crater studies, and at how effectively you have brought a new generation of geologists into the program.  You have done a wonderful job of creating a new center of impact studies and a great deal of educational and public interest in the problems involved.   I have been disappointed that the American planetary science community has not been able to develop similar studies and programs to expand the study of terrestrial impact structures and of American craters in particular, and I hope that your example will spur some actions on this side of the ocean.  In any case, I am pleased to be a nominal participant in your program of research, and I look forward to continuing to read about your work in the future.”

Traduction :Nous (Bevan et Mary-Hill son épouse, également géologue, décédée cet été à l’âge de 103 ans en référence à  mon investissement à Rochechouart), avons tous les deux été très impressionnés par la patience, la constance, la capacité et l’efficacité avec lesquelles vous avez travaillé pour établir Rochechouart comme point focal des études sur les cratères d’impact à l’échelle planétaire, et de l’efficacité avec laquelle vous avez fait participer une nouvelle génération de géologues au programme. Vous avez fait un travail formidable en créant un nouveau centre d’études d’impact et en suscitant un grand intérêt éducatif et public pour les problèmes impliqués. J’ai été déçu que la communauté américaine des sciences planétaires n’ait pas été en mesure de développer des études et des programmes similaires pour étendre l’étude des structures d’impact terrestres et des cratères américains en particulier. J’espère que votre exemple encouragera certaines actions de notre côté de l’océan Atlantique. Dans tous les cas, je suis heureux de participer de manière nominale à votre programme de recherche et je me réjouis de continuer à lire sur votre travail à l’avenir.

Pour information, Bevan French est le doyen et la référence mondiale en matière de géologie des cratères d’impact. Entré en 1964 à la NASA tout juste créée, il organisait déjà en 1966, avec son collègue Nicholas Short, la première conférence mondiale sur les cratères d’impacts et sur le métamorphisme de choc (faisant ainsi entrer les impacts dans la conscience collective de la communauté scientifique, et par-delà, dans celle de l’humanité. D’ailleurs les actes de cette conférence sont connus depuis comme « Bible verte » dans la communauté scientifique (verte à cause de la couleur de la couverture) et constitue toujours une base de référence active dans la communauté). Bevan est par ailleurs très lié à Rochechouart. Il est codécouvreur en 1969, avec François Kraut, des premiers shatter-cones de Rochechouart lesquels ont fait entrer Rochechouart dans la famille des impacts. J’espère que nous pourrons l’inviter dans un proche avenir. Agé de plus de plus de 90 ans, il est toujours remarquablement actif et est membre du Comité des Sages du CIRIR.

Outre les travaux scientifiques qui vont se développer et qu’il faut poursuivre, ce sont les projets et les taches de « Restitution » auxquels s’attelle le CIRIR qui, à mon sens, sont et seront générateurs des plus grands résultats et des plus grandes satisfactions. A l’échelle locale, le pré-projet « Terre et Espace » que Porte Océane du Limousin a présenté au Président de Région lors de sa visite du CIRIR en octobre dernier en donne une illustration. Ce projet n’existerait pas et ne pourrait aboutir si le CIRIR n’existait pas. C’est une initiative qui peut servir d’exemple à l’ensemble des territoires concernés par « l’impact », POL et Charente Limousine, mais également les départements (Charente, Haute Vienne, Dordogne), Nouvelle-Aquitaine dans son ensemble, et même de toute la France où les effets directs et indirects de l’impact commencent à être reconnus (et même au-delà de nos frontières). Territoires et populations bénéficient et vont bénéficier de « l’impact » du CIRIR ne serait-ce que par la visibilité et le rayonnement qu’il apporte. Libre à eux de s’approprier le géopatrimoine et de s’appuyer sur le CIRIR pour en tirer avantage comme la POL se propose de le faire.

In fine, la valeur du CIRIR et celle du patrimoine auquel il se rattache, sont « immatérielles » et l’importance qu’ils ont et auront dans ces développements à venir, est c’elle qu’on voudra bien leur donner. Nos ambitions dépassent effectivement très largement nos capacités actuelles, en dépit des qualités de la centaine de personnalités éminentes qui nourrissent les rangs du CIRIR. C’est bien par la connaissance, la reconnaissance et l’adhésion du plus grand nombre (celle du public et des pouvoirs publics) que nous réussirons.

A ces fins, j’affiche comme objectif de voir les départements, Nouvelle Aquitaine et l’Etat (les préfets des territoires concernés, ainsi que les représentants du CNRS et de l’Education nationale), rejoindre le conseil d’administration du CIRIR. Outre l’intérêt matériel d’un tel élargissement (permettant entre-autre d’alléger la contribution des collectivités locales (ce à quoi je me suis engagé) et permettant la création de plusieurs emplois sur le site, lesquels deviennent nécessaires pour avancer), ce sont responsabilité, légitimité territoriale et dimension académique qui le justifient au premier chef. C’est le conseil d’administration du CIRIR qui est (et peut s’en prévaloir), garant devant l’humanité, de la préservation et la valorisation en bonne intelligence du patrimoine extraordinaire auquel il se rattache.

Car ce patrimoine constitue effectivement un bien propre pour l’humanité et il est effectivement extraordinaire En fait il n’est pas seulement unique en France, il est unique sur Terre, et même unique à l’échelle de l’Univers !!!

Si c’était vrai cela se saurait ??? !  Toute la difficulté est là, cela ne se sait pas encore, et le CIRIR a précisément pour objet et pour ambition de le faire savoir. Les projets CIRIR-UNESCO et « GIGA », entre-autres, vont aider (et bénéficier au passage aux territoires et aux initiatives qui visent la protection et la valorisation des sites d’impacts, celui en France, mais également les autres dans le monde).

Pourquoi donc est-il si extraordinaire ? Simplement à cause :

  • 1-de l’universalité du phénomène auquel il se rattache et de l’importance fondamentale de ses incidences (y compris et en particulier sur la Vie),
  • 2-de l’accessibilité de ses manifestations qui distingue Rochechouart des quelques 200 structures d’impact sur Terre, et des milliards d’autres sur les objets planétaires qui nous sont plus ou moins accessibles.

Ces manifestations sont enregistrées localement dans le sol et le sous-sol, sur tout le territoire national et même au-delà. Elles sont effectivement plus particulièrement exprimées à la bordure ouest du Massif Central, dans la zone du cratère aujourd’hui érodé, dont la dimension initiale encore spéculative, tend à se préciser avec les travaux en cours au CIRIR (pour information, les derniers résultats sur les forages laissent à penser qu’il aurait pu atteindre 50 à 80 km de diamètre).

Cette accessibilité, nous pouvons lui donner une « expression comptable », avec un rapport égal ou supérieur à 100 en faveur de Rochechouart comparé aux autres cratères terrestres. Comment peut-on le dire, sur quelle base ? Simplement par la comparaison des coûts des récents forages à Chicxulub et Rochechouart qui délivrent une qualité/quantité d’informations comparables… Ce rapport « explose » si on compare le coût du kilogramme d’échantillon récupéré sur la Lune (entièrement faite en impactites) ou sur Mars dans les décennies à venir, à celui qu’on peut récupérer immédiatement sur le terrain autour de Rochechouart et /ou dans l’échantillothèque du CIRIR.

Même si l’activité Recherche du CIRIR a toujours besoin d’efforts et d’attention, je pense qu’on peut raisonnablement affirmer qu’elle est sur la bonne trajectoire et que nous avons dépassé le point de non-retour. Cela me permet d’être un peu plus serein et de me consacrer davantage au développement de la partie « Restitution » du CIRIR. Je porte mes efforts dans cette direction avec la satisfaction de voir arriver en 2019, de nouvelles personnalités qui renforcent nos rangs, dont de grands communicateurs comme Pierre Thomas, Jean-Pierre Lebreton qui me représentait lors de la visite du Président de Région, ou Patrick de Wever, Monsieur Géopatrimoine en France et dans le Monde. Professeur retraité du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, Patrick de Wever apporte son expertise et cette dimension geohéritage à notre Comité des Sages.

Je suis intimement convaincu que c’est par la voix de la communication au public et celle de l’éducation et de la culture que nous ferons les plus grands progrès, y compris pour la recherche fondamentale sur les impacts sur Terre et dans l’Univers. Comment ? En attirant dans cette discipline les jeunes et en la faisant connaitre et appréciée à sa juste valeur par les pouvoirs publics et les décideurs qui gèrent les budgets de l’Education et de la Recherche.

A ces fins le CIRIR a un rôle fondamental à jouer. Deux projets en direction du public vont nous aider pour atteindre cet objectif, « GIGA » (Global Impact Geoheritage Association) que j’ai présenté à Brasilia en octobre 2019 à la communauté internationale (dont j’ai choisi la planche de conclusion comme thème pour la carte de vœux 2020 du CIRIR) et le projet CIRIR-UNESCO. S’y ajoute le projet « Formation des Astronautes » que j’ai présenté avec Jean-Pierre Lebreton devant la communauté des planétologues et les administrations spatiales de la planète réunis en congrès en septembre 2019 à Genève (congrès présidé par Jean-Pierre Lebreton).

Comme le projet forages que j’ai imaginé pour entraîner la communauté scientifique avec nous, et cela a marché, j’ai conçu ces trois projets pour embarquer le public et les pouvoirs publics dans l’aventure CIRIR/Impact. L’avenir nous dira si cela réussit aussi bien. Déjà endossés par les membres du CIRIR, ces trois projets reçoivent également l’appui de la communauté scientifique. Je vais continuer en direction des pouvoirs publics à l’échelle locale régionale, nationale et européenne, et ce faisant, je me ferais l’écho de la voix de chacun de ceux qui soutiennent et qui participent à ce grand dessein.

Je terminerai en faisant vœux que ceux qui vont nous rejoindre 2020 partagent et tirent parti de cette formidable aventure collective qu’est le CIRIR. A ces fins je suis et resterai à votre écoute et à votre disposition pour en discuter et pour construire ensemble.

Bien à vous

Philippe LAMBERT

Directeur du CIRIR